Ma position définitive pour les présidentielles de 2007
En 2002 l’UMP, parti actuellement ultra-majoritaire effectue une OPA sur l’UDF, parti centriste de plus en plus à droite. Le nombre des députés « centristes » chute alors à une trentaine, menaçant directement l’Assemblée nationale d’une bipolarisation, entre le Parti socialiste et l’UMP, en raison de la législation sur les petits partis.
Le principe de fidélité partisane complète alors la débâcle législative de 2002 et sacre la toute-puissance d’un parti sur l’ensemble des leviers politiques de l’Etat.
Le président de la République, élu par les voix de la gauche, assimile son score sans précédent de 83% à un plébiscite quand il a bénéficié d’un report républicain des voix.
Le Sénat est de droite, à majorité simple depuis les élections partielles de l’an dernier et l’Assemblée Nationale est couleur bleu foncé.
Une politique critiquée s’échafaude et le PS tient alors son rôle d’opposition en combattant dans une guerre de position les grands projets de l’UMP (nombre record d’amendements sur GDF/Suez, participation aux manifestations contre le CPE).
Profitant de la bipolarisation apparente de la scène politique, issue certes de la perte de vitesse du centre mais également de circonstances particulières, et s’appuyant sur le message dominant des médias, qui considèrent que le système de représentation est le calque exact de l’opinion et concluent donc à la « fracture française », le Parti socialiste s’apprête à récolter l’impopularité des réformes de l’UMP.
Le jeu est simple et s’enchaîne parfaitement : le PS fait des réformes dont les effets sont difficilement évaluables au terme de l’échéance des mandats. La situation toujours aussi insatisfaisante provoque la désignation du groupe UMP qui ne fait pas mieux que le PS, légitimant ainsi la future réélection de ce dernier. Et la boucle est bouclée.
L’OPA sur le centre, certes alors en état de délabrement, a consacré une situation de monopole à deux sur le pouvoir. L’assimilation de la concurrence provoque ainsi une sclérose de l’échiquier politique et de l’interaction positive entre les partis (le PS avait dû, suite à « la dissolution manquée » de 1997 et sous le mandat de Lionel Jospin, composer sous forme d’une « gauche plurielle », Verts- Radicaux de gauche – Parti communiste – Parti socialiste).
Lorsque l’opposition existe par la majorité et qu’il se forme un « Yalta de l'alternance », le problème de l’efficacité politique est posée.
Car une politique n’est réellement solide que filtrée par l’arme redoutable de l’opposition : la facilité est toujours un obstacle à l’excellence car à vaincre sans péril on triomphe sans gloire.
Il est donc nécessaire que l’équilibre politique se reconstruise, et ceux qui ont vécu l’épisode de la Guerre Froide savent mieux que quiconque que la bipolarisation dévore tout sur son passage, qu’elle est un outil d’uniformisation et un prétexte au non-dialogue.
Fort de ce constat, à savoir que l’échiquier politique est instable par sa trop grande stabilité, vous devriez comprendre qu’il n’est pas contradictoire d’être socialiste et de ne pas « voter Parti socialiste » lors des prochaines élections de 2007.
Car le socialisme est un état d’esprit et non des états d’âme, le socialisme ne doit en aucun cas être le monopole d’un parti politique lorsque la structure de ce parti fragilise la liberté d’expression de la société.
L’aboutissement de cette analyse est la nécessité de favoriser l’émergence d’un contre-pouvoir stable pour briser la bipolarisation, et donc paradoxalement pour renforcer les capacités de la réflexion socialiste.
Vous aurez donc compris ma volonté de ne voter ni PS ni UMP au 1er tour ni, si possible, au second tour de l’élection présidentielle mais d’apporter ma voix au candidat du centre, François Bayrou. A cet aspect de stratégie politique s’ajoute ma très grande réserve, que je ne développerai pas ici, vis-à-vis de Mme Royal et M Sarkozy qui me semblent tous deux en opposition avec l’idéal politique de notre démocratie.
François Bayrou est un candidat qui a la force de ses faiblesses : c’est un candidat d’idées et d’idéaux et non un candidat d’opinion.
Deux réserves majeures (trois en réalité mais une sera facile à résoudre) vont m’être objectées, je le devine.
-La 1ère et sans doute la moins solide sera l’argument du « vote utile », concept monstrueux tout droit sorti du traumatisme post-2002. Imaginez-vous que vous êtes condamné à voter pour le même parti at vit aeternam. Ce ne sera plus au politique de mériter votre suffrage car vous serez dans le règne de la peur : la peur de l’extrême droite, illustre remplaçant de la peur du rouge. Vous vivrez dans l’angoisse politique : heureusement que vous êtes raisonnable, supposons que le Fn passe le second tour… mais ce faisant vous entrez dans la logique des blocs frontaux permanents, vous avez peur du changement car vous avez peur que l’extrême puisse, dans ce changement, s’insérer subrepticement.
N’abandonnez jamais votre liberté de dire Non à la logique dominante, c’est une liberté précieuse, c’est un droit qui peut se perdre !
Vous direz : « mais tout de même, si Le Pen passe au second tour… », et vous aurez raison d’évoquer cette hypothèse, même si je suis pour ma part persuadé que cette configuration ne se reproduira pas car elle était construite non sur la progression des idées d’extrême droite mais sur la progression de l’abstention : un vote pour un candidat A est un vote contre un candidat B, et si B est minoritaire une abstention est alors un vote pour B. A François Bayrou de faire alors ses preuves ; mais surtout ne vous fermez pas des portes avant l’échéance.
-On peut également mettre en avant la position traditionnelle de l’UDF à droite pour rejeter la ligne de rassemblement de son candidat. C’est oublier trois points : -François Bayrou a voté contre la grande majorité des textes de l’UMP en justifiant ce vote. –Il a certes été ministre de l’éducation sous le gouvernement Balladur de 1993. Il l’explique par son ambition de jeune député (tout de même élu à l’âge de 35 ans) et sa croyance en la politique. Il a depuis refusé trois postes influents dans un gouvernement de droite (attitude qui illustre bien que ses mots ne sont pas des paroles en l’air mais s’accompagnent d’actes forts… cette renonciation à la promotion au nom des idéaux est un cas très rare dans l’histoire de la Ve République). – il a publiquement fait part de sa volonté de travailler avec des individus respectables sans distinction de leur position partisane : une majorité compétente pour une politique efficace. Dans ce cadre il a invité des personnalités socialistes (Michel Rocard) lors du Congrès de l’UDF.
-On peut enfin dire : « mais tout ça c’est l’aventure ! ». Comment fera-t-il une fois élu pour construire sa 3ème voie. Deux points importants : il s’est engagé à construire une force partisane nouvelle (et pour cela il aura besoin de jeunes : ce serait alors une expérience inédite en France de renouvellement de la classe politique) rassemblant le centre de la gauche et de la droite. Ces partisans seraient placés par le parti dans les différentes circonscriptions et comme les législatives suivent de cinq semaines les élections présidentielles il disposerait alors d’une majorité (il faudrait faire attention dans cette perspective a ce que cette nouvelle force soit puissante mais ne détruise pas pour autant les deux grands autres pôles, dont le Parti socialiste). Ensuite il est bien naturel que pour l’heure nous ne connaissions pas les soutiens dont François Bayrou pourra disposer à l’issue de l’élection présidentielle, mais ne faut-il pas laisser les choses décanter? Vous en connaissez beaucoup vous des hommes politiques influents dans leur parti qui iraient déclarer à ce moment de la campagne qu’ils soutiennent un candidat alternatif à leur parti qui tourne autour des 10% dans les sondages ?
Le principe de fidélité partisane complète alors la débâcle législative de 2002 et sacre la toute-puissance d’un parti sur l’ensemble des leviers politiques de l’Etat.
Le président de la République, élu par les voix de la gauche, assimile son score sans précédent de 83% à un plébiscite quand il a bénéficié d’un report républicain des voix.
Le Sénat est de droite, à majorité simple depuis les élections partielles de l’an dernier et l’Assemblée Nationale est couleur bleu foncé.
Une politique critiquée s’échafaude et le PS tient alors son rôle d’opposition en combattant dans une guerre de position les grands projets de l’UMP (nombre record d’amendements sur GDF/Suez, participation aux manifestations contre le CPE).
Profitant de la bipolarisation apparente de la scène politique, issue certes de la perte de vitesse du centre mais également de circonstances particulières, et s’appuyant sur le message dominant des médias, qui considèrent que le système de représentation est le calque exact de l’opinion et concluent donc à la « fracture française », le Parti socialiste s’apprête à récolter l’impopularité des réformes de l’UMP.
Le jeu est simple et s’enchaîne parfaitement : le PS fait des réformes dont les effets sont difficilement évaluables au terme de l’échéance des mandats. La situation toujours aussi insatisfaisante provoque la désignation du groupe UMP qui ne fait pas mieux que le PS, légitimant ainsi la future réélection de ce dernier. Et la boucle est bouclée.
L’OPA sur le centre, certes alors en état de délabrement, a consacré une situation de monopole à deux sur le pouvoir. L’assimilation de la concurrence provoque ainsi une sclérose de l’échiquier politique et de l’interaction positive entre les partis (le PS avait dû, suite à « la dissolution manquée » de 1997 et sous le mandat de Lionel Jospin, composer sous forme d’une « gauche plurielle », Verts- Radicaux de gauche – Parti communiste – Parti socialiste).
Lorsque l’opposition existe par la majorité et qu’il se forme un « Yalta de l'alternance », le problème de l’efficacité politique est posée.
Car une politique n’est réellement solide que filtrée par l’arme redoutable de l’opposition : la facilité est toujours un obstacle à l’excellence car à vaincre sans péril on triomphe sans gloire.
Il est donc nécessaire que l’équilibre politique se reconstruise, et ceux qui ont vécu l’épisode de la Guerre Froide savent mieux que quiconque que la bipolarisation dévore tout sur son passage, qu’elle est un outil d’uniformisation et un prétexte au non-dialogue.
Fort de ce constat, à savoir que l’échiquier politique est instable par sa trop grande stabilité, vous devriez comprendre qu’il n’est pas contradictoire d’être socialiste et de ne pas « voter Parti socialiste » lors des prochaines élections de 2007.
Car le socialisme est un état d’esprit et non des états d’âme, le socialisme ne doit en aucun cas être le monopole d’un parti politique lorsque la structure de ce parti fragilise la liberté d’expression de la société.
L’aboutissement de cette analyse est la nécessité de favoriser l’émergence d’un contre-pouvoir stable pour briser la bipolarisation, et donc paradoxalement pour renforcer les capacités de la réflexion socialiste.
Vous aurez donc compris ma volonté de ne voter ni PS ni UMP au 1er tour ni, si possible, au second tour de l’élection présidentielle mais d’apporter ma voix au candidat du centre, François Bayrou. A cet aspect de stratégie politique s’ajoute ma très grande réserve, que je ne développerai pas ici, vis-à-vis de Mme Royal et M Sarkozy qui me semblent tous deux en opposition avec l’idéal politique de notre démocratie.
François Bayrou est un candidat qui a la force de ses faiblesses : c’est un candidat d’idées et d’idéaux et non un candidat d’opinion.
Deux réserves majeures (trois en réalité mais une sera facile à résoudre) vont m’être objectées, je le devine.
-La 1ère et sans doute la moins solide sera l’argument du « vote utile », concept monstrueux tout droit sorti du traumatisme post-2002. Imaginez-vous que vous êtes condamné à voter pour le même parti at vit aeternam. Ce ne sera plus au politique de mériter votre suffrage car vous serez dans le règne de la peur : la peur de l’extrême droite, illustre remplaçant de la peur du rouge. Vous vivrez dans l’angoisse politique : heureusement que vous êtes raisonnable, supposons que le Fn passe le second tour… mais ce faisant vous entrez dans la logique des blocs frontaux permanents, vous avez peur du changement car vous avez peur que l’extrême puisse, dans ce changement, s’insérer subrepticement.
N’abandonnez jamais votre liberté de dire Non à la logique dominante, c’est une liberté précieuse, c’est un droit qui peut se perdre !
Vous direz : « mais tout de même, si Le Pen passe au second tour… », et vous aurez raison d’évoquer cette hypothèse, même si je suis pour ma part persuadé que cette configuration ne se reproduira pas car elle était construite non sur la progression des idées d’extrême droite mais sur la progression de l’abstention : un vote pour un candidat A est un vote contre un candidat B, et si B est minoritaire une abstention est alors un vote pour B. A François Bayrou de faire alors ses preuves ; mais surtout ne vous fermez pas des portes avant l’échéance.
-On peut également mettre en avant la position traditionnelle de l’UDF à droite pour rejeter la ligne de rassemblement de son candidat. C’est oublier trois points : -François Bayrou a voté contre la grande majorité des textes de l’UMP en justifiant ce vote. –Il a certes été ministre de l’éducation sous le gouvernement Balladur de 1993. Il l’explique par son ambition de jeune député (tout de même élu à l’âge de 35 ans) et sa croyance en la politique. Il a depuis refusé trois postes influents dans un gouvernement de droite (attitude qui illustre bien que ses mots ne sont pas des paroles en l’air mais s’accompagnent d’actes forts… cette renonciation à la promotion au nom des idéaux est un cas très rare dans l’histoire de la Ve République). – il a publiquement fait part de sa volonté de travailler avec des individus respectables sans distinction de leur position partisane : une majorité compétente pour une politique efficace. Dans ce cadre il a invité des personnalités socialistes (Michel Rocard) lors du Congrès de l’UDF.
-On peut enfin dire : « mais tout ça c’est l’aventure ! ». Comment fera-t-il une fois élu pour construire sa 3ème voie. Deux points importants : il s’est engagé à construire une force partisane nouvelle (et pour cela il aura besoin de jeunes : ce serait alors une expérience inédite en France de renouvellement de la classe politique) rassemblant le centre de la gauche et de la droite. Ces partisans seraient placés par le parti dans les différentes circonscriptions et comme les législatives suivent de cinq semaines les élections présidentielles il disposerait alors d’une majorité (il faudrait faire attention dans cette perspective a ce que cette nouvelle force soit puissante mais ne détruise pas pour autant les deux grands autres pôles, dont le Parti socialiste). Ensuite il est bien naturel que pour l’heure nous ne connaissions pas les soutiens dont François Bayrou pourra disposer à l’issue de l’élection présidentielle, mais ne faut-il pas laisser les choses décanter? Vous en connaissez beaucoup vous des hommes politiques influents dans leur parti qui iraient déclarer à ce moment de la campagne qu’ils soutiennent un candidat alternatif à leur parti qui tourne autour des 10% dans les sondages ?


7 Comments:
émouvant!
C'est drôle je t'ai senti venir avec Bayrou (ce n'est pas négatif). Je suis assez impressionné du nombre d'avis favorables que celui-ci reçoit dans mon entourage (ainsi que de moi-même, les idéalistes j'aime). Du coup je me demande si cela ne concerne que mon entourage ou si le vent tourne réellement.
J'ai malheureusement peur qu'il ne soit une fois de plus sacrifié sur l'autel du vote utile (je suis entièrement d'accord avec toi si ce n'est que le FN a, en plus de l’abstention, également dû passer avec des voix contestataires, plus passionnées et bougonnes que proprement racistes -elles-mêmes passionnées mais malheureusement moins contingentes, plus constantes et rationnelles)... Je pense que l'effet émergent "tout le monde vote François au 1er tour parce que de toute façon c'est évident que Ségo-Sarko prendrons d'assaut le second" ne demeure que peu probable.
Quoi qu'il arrive, le béarnais pourrait tirer son épingle du jeu durant les tractations intermédiaires et ainsi devenir (premier?) ministre de Royal, par exemple. Mettre de l'eau dans son vin en somme; en espérant qu'à l'arrivée il ne soit ni trop fade, ni trop amer.
PS : tu as le bonjour de Renaud (l'autre) lol.
PS 2 : Le rue de Solférino est effondrée à l'annonce de ton ralliement!
moi je crois que le vent tourne !
Oui, je crois aussi que le vent tourne : si nous n'en sommes pas la preuve vivante! Le matraquage intellectuel est une arme à double tranchant, dangereuse pour ceux qui le manipulent comme pour ceux sur lesquels il s'exerce. Je dois dire Louis que je ne crois pas que Bayrou soit prêt à tenir un poste influent sous une présidence Ségolène, il le dit d'ailleurs lui-même... il est dans l'optique d'un changement radical du système de partis.
Le bonjour de l'autre? lol, pour ceux qui le connaitraient pas c'est Renaud Donedieu (non, pas Dieudonné!) de Vabres. Quant au PS2 je l'ai mal lu sur le coup : "la rue de Solférino s'est effondrée à l'annonce de ton ralliement" :-).
J'espère vous faire un prochain post avec mon analyse du programme en lui-même.
Très affectueusement, je pense bien fort à vous tous
On verra mais je pense que Bayrou, s'il ne parachève pas son destin cette fois-ci, sera très courtisé entre les deux tours.
Jean Peyrelvade, proche de Dominique Strauss-Kahn, directeur-adjoint sous le cabinet de Pierre Mauroy, président remarqué du Crédit Lyonnais et auteur de l'ouvrage "Le capitalisme total", a apporté son soutien à François Bayrou se déclarant «orphelin de représentation, sans doute comme beaucoup de citoyens qui sont proches de la deuxième gauche". Le député socialiste européen Bernard Poignant invite Bayrou à «choisir» entre l'alliance avec la droite ou la gauche et reconnaît des éléments de proximité avec le centriste : « Si vous vous trouvez confronté à Jean-Marie Le Pen ou à Nicolas Sarkozy, je vote pour vous. »
Un cadre du PS reconnaît alors « BAYROU, il fera 5 % ou 15 %. »
Un élément intéressant également est la fronde des lecteurs de Marianne [j'en profite pour demander publiquement qui m'a inscrit à sa newsletter... :-)] et l'édito de Jean-Francois Kahn "Non, il n'y a pas que Sarko et Ségo".
Intéressant reportage sur France Inter aujourd'hui, où Bayrou débarquait à Lille histoire de faire campagne, mais expérimentait quelques difficultés car peu de monde le reconnaissait (le seul gars manifestant une réelle sympathie à son égard étant...québecois!).
Ceci dit il y a peut-être une brèche à exploiter d'ici Avril, mais vite!
PS: la Sofres indique qu'environ 26% des français sont "plutôt" ou "tout à fait" en accord avec les idées du désormais très "républicain" Jean-Marie Le Pen...
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